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La démocratie locale au lendemain de la pandémie du COVID-19 : session d’apprentissage organisée par CGLU, ONU-Habitat, Metropolis le 23 juin 2020

La démocratie locale au lendemain de la pandémie du COVID-19
#BeyondtheOutbreak - 23.06.2020

Instances locales et régionales se sont réunies le 23 juin 2020 afin de discuter autour du sujet de la démocratie locale au lendemain de la pandémie du COVID-19. Cette rencontre s’est tenue dans le cadre de l’expérience d’apprentissage en direct, organisée conjointement par CGLU, ONU-Habitat et Metropolis depuis le début de la crise sanitaire.

Il est dorénavant clair que la crise du COVID-19 a impacté les instances locales et régionales : que ce soit au niveau des processus décisionnels ou électoraux, la crise sanitaire a mis leur adaptabilité à l’épreuve. L’engagement des collectivités territoriales a été mis en exergue lors de cette session d’apprentissage. En effet, les gouvernements locaux et régionaux présents ont confirmé leur souhait d’assurer un rôle de décideur et de moteur de changement à l’échelle locale. Les valeurs de la solidarité, démocratie locale et protection du bien commun pourront servir de tremplin pour la restructuration de nos sociétés post-COVID.

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Emilia SAIZ, secrétaire générale de CGLU, a initié le dialogue en relevant les difficultés rencontrées en ce qui concerne le débat de la démocratie locale : phénomène peu tangible, il est difficile de le discuter avec précision. Elle a repris son discours en expliquant quelles étaient les préoccupations des instances locales et régionales à travers le monde. "Comment la pandémie a-t-elle affecté nos systèmes de gouvernance et la confiance entre les institutions et les citoyens ? Ces questions doivent être abordées, et nous devons le faire à partir du local pour rétablir des relations de confiance".

Thembisile NKADIMENG, maire de Polokwane, président de SALGA et co-président de CGLU, a mis en lumière l’importance du changement d’approche en ce qui concerne la gouvernance urbaine et régionale. Afin de s’adapter aux défis du monde post-COVID-19, des réformes de gouvernance doivent être menées : les instances locales devront savoir réagir et répondre aux crises et aux chocs socio-économiques et politiques de manière rapide et efficace. "Il appartient au système international de reconnaître les difficultés auxquelles nous serons confrontés et de contribuer à la transformation du système international actuel en un système interurbain qui tirera profit de la force de nos territoires et qui pourra contribuer, par le dialogue entre les sphères de gouvernement, à la prochaine génération de multilatéralisme".

Octavi DE LA VARGA, secrétaire général de Metropolis, a ajouté que de nombreux gouvernements ont dû avoir recours à des décisions de nature technocratique, contraints d’agir dans l’urgence de la pandémie. Or, De La Varga a relevé qu’il était nécessaire de conserver la dimension politique des décisions et des processus en expliquant qu’une démocratie à plusieurs niveaux suppose que les gouvernements locaux soient également pris en compte, non seulement en tant que prestataires de services, mais aussi en tant qu’acteurs indispensables du processus décisionnel. "Les urgences et les crises vont-elles faire partie de la manière dont la politique est menée au niveau local ? Il est nécessaire de développer de nouvelles façons de faire et pour cela une véritable démocratie locale est essentielle, qui ne peut être comprise sans décentralisation, sans communautés et, bien sûr, sans financement".

Elkin VELASQUEZ, représentant régional d’ONU-Habitat pour l’Amérique latine et les Caraïbes, a insisté sur les rôles essentiels que jouent l’innovation et la collaboration dans l’affrontement aux défis de la pandémie COVID-19. Afin de reconstruire les sociétés d’une manière durable, il est nécessaire non seulement d’assurer une collaboration étroite entre gouvernements locaux et habitants mais aussi de trouver des solutions ensemble qui soient en adéquation avec les Agendas locaux. "L’incertitude exige de l’humilité, de l’adaptation, de la collaboration. Nous devons tirer les leçons de ces idées, revenir au point de départ et développer des outils pour revoir, protéger et actualiser notre contrat social local".

Johnny ARAYA, maire de San José et co-président de CGLU, a rappelé que la pandémie a laissé de grandes séquelles dans les programmes mondiaux, à l’instar des ODD, tant au niveau économique que social. Elle a dévoilé des déséquilibres importants, face auxquels il faut agir : « les discussions doivent partir du niveau local et proche des citoyens, en partant des nombreuses voies d’opportunité ouvertes par la crise ». Les enjeux principaux sont l’environnement, les avancées des outils technologiques et les alliances avec la société civile comme moteur de solidarité et de lutte contre la vulnérabilité. Il a également noté que la prise en compte des ODD était indispensable car ils proposent un cadre propice à la réduction d’inégalités, notamment dans le domaine technologique.

Carola GUNNARSSON, maire de Sala et vice-présidente de CGLU pour l’Europe, a évoqué la fragilité des municipalités face au déclin de la production économique. Le principe de subsidiarité et l’autonomie locale démocratique et financière sont nécessaires pour la transformation de la démocratie à l’avenir ainsi que pour mieux préparer les gouvernements locaux et régionaux à affronter les défis du XXIème siècle.

Paola PABON, préfet de Pichincha, a mis en exergue la promiscuité entre la discussion sur la démocratie et celui de l’égalité en évoquant le défi du fossé technologique et la manière dont il impacte l’exclusion sociale, notamment chez les plus jeunes. Le transfert de compétences aux gouvernements locaux et régionaux, à l’image de la capacité à mener des politiques cohérentes, lui semble primordial. Elle explique également que les décisions prises de manière arbitraire, à l’instar de celle de désamorcer les élections sans accords significatifs de la part de tous les acteurs politiques, représentent un danger important pour la société car cela implique l’affaiblissement de la voix des citoyens.

Laia BONET, adjointe au maire de Barcelone, compare les valeurs des démocraties face à celles du populisme : la démocratie lutte contre les inégalités, garantit les droits de toute la population et protège les plus vulnérables (femmes, communauté LGTBQI+) face au manque de services. La pandémie a confirmé l’importance des services publics et ainsi celle des autorités locales qui les coordonnent. Selon elle, c’est l’autonomie locale, clé de la démocratie, qui permet aux autorités locales de fournir ces services. Il ne faut toutefois pas oublier que l’autonomie ne compromet pas le multilatéralisme ; les territoires doivent également l’intégrer.

Valérie DUMONTET, vice-présidente du département de l’Aude, a présenté le projet : « Défendre la jeunesse pour le monde de demain ». Elle a énuméré les inégalités socio-économiques émanant de la crise qui affecte différemment cette partie de la population. Le projet mobilise et réunit des jeunes originaires de l’Aude, de Sousse (ville en Tunisie) et des communes de Burkina Faso afin qu’ils puissent discuter des priorités du décalogue de CGLU. Elle ajoute que la méfiance des citoyens envers les autorités locales et régionales peut être déconstruite à l’aide de la promotion de leur transversalité, la combinaison de leurs gouvernances avec d’autres sphères de gouvernement et la formation de la démocratie représentative et participative.

Camilo ROMERO, ancien gouverneur de Nariño et lauréat de la distinction "Meilleure pratique de participation citoyenne" de l’OIDP 2019, a mis en garde sur la situation de la Colombie. Les inégalités d’ores et déjà très importantes au sein de la société pourraient s’aggraver face à la crise. Il explique que la lutte contre l’autoritarisme et le concept du « chacun pour soi » peut prendre forme grâce à une participation croissante et l’innovation. Les solutions émanent de la défense de la sphère publique et des décisions de la majorité. Ce sont ces dernières qui doivent relancer le système pour créer de nouveaux citoyens et des gouvernements aux priorités claires.

Pascal CLOUAIRE, adjoint au maire de Grenoble, a préconisé l’utilisation d’outils en ligne depuis le début de la pandémie : elle assure le maintien et le développement de la démocratie locale et participative. Les visioconférences ont été l’occasion d’analyser les budgets participatifs avec les porteurs de projets, les plateformes de collaboration citoyenne (Grenoble Voisins Voisines) et de rassembler les personnes offrant et demandant une aide de toute nature.

Nelly OUASSENEN, maire adjointe de Cocody, fait part de sa fierté à l’égard du renforcement de la démocratie locale que la pandémie a engendré. La nécessité de la démocratie dans la lutte contre la pandémie s’est confirmée et les effets socio-économiques de la crise n’ont pas été ignorés : ils ont fait l’objet de campagnes et de programmes de sensibilisation, de soutien aux victimes de la violence domestique, aux enfants des rues et aux entreprises.

Imen OUARDANI, vice maire de Sousse, rappelle la mise à l’épreuve des instances locales, régionales et la pratique de la démocratie participative sous la pandémie et met le besoin de décentraliser en lumière. Il a également relevé l’importance des nouvelles technologies et œuvre pour leur démocratisation afin de créer de nouvelles relations intra-communales entre citoyens. La problématique des migrants, que Sousse coordonne avec l’Aude, a également été évoquée.

Edwin MINO, directeur exécutif de CONGOPE, rappelle qu’il est important d’œuvrer pour la réalisation des Agendas mondiaux, tremplins pour la réduction d’inégalités et accrues par la pandémie. Il a continué en soulignant le danger de la judiciarisation de la politique et de la politisation de la justice.

Emilio JATON, maire de Santa Fe, a expliqué que selon lui, la pandémie n’avait pas seulement changé la réalité, elle l’avait fait disparaître. Dorénavant le défi est de réinventer la réalité grâce à de nouveaux critères qui mettent un terme aux grandes inégalités. Ces critères et ces décisions, il ne les prendra pas seul mais avec son équipe, en collaboration avec les citoyens.

José Manuel RIBEIRO, maire de Valongo, a accentué le besoin de résister et d’éviter la peur qui émane de la situation actuelle. Les villes et leurs habitants doivent agir à deux niveaux, en faisant face non seulement à des enjeux physiques, mentaux et démocratiques mais aussi à des enjeux préexistants, à savoir les inégalités et la peur. Les inégalités, souvent ignorées, se sont aggravés au cours de la crise et les a rendus extrêmement difficiles à gérer. La peur ne peut être gérée par les politiciens, or elle aide les gens à discerner ce qui est juste (renforcement de la démocratie, de la dignité humaine) de ce qui doit être fixé (suspension permanente des libertés, marché sans limites).

Shi QI, directeur adjoint du bureau des affaires étrangères de la ville de Xi’an, a mis en lumière le rôle de CGLU, organisation au service des gouvernements locaux. Il a fait part de la phase post-COVID-19 que la ville de Xi’an connaît actuellement, à savoir celle de la relance économique pour assurer « le retour à la normale », notamment pour les projets professionnels.

Guennadi RYABOV, président de la Chambre publique de la ville de Nijni Novgorod, a mis l’accent sur l’intérêt de la transparence des institutions tout en regrettant l’indisponibilité d’informations en début de crise. Il a expliqué que la Chambre a lancé une série de débats en 12 sessions autour des questions clés. Au programme étaient des thèmes tels que le volontariat, la scolarité, l’esprit d’entreprise et le droit des travailleurs. Elle a ajouté que l’expérience leur a permis de se rapprocher du public et représentait une occasion unique pour faire avancer la démocratie.

Amalinda SAVIRANI de l’Universitas Gadjah Mada (Indonésie) s’est concentrée sur la démocratie locale, caractérisée par la priorité donnée aux voix des citoyens. La crise a permis le renforcement des gouvernements locaux et a fait porter leurs voix à tous les niveaux. Par ailleurs, ce raisonnement est justifié par tous les témoignages. Elle a souligné que la démocratie locale ne doit pas être subordonnée à d’autres priorités telles que l’économie, car elle la démocratie est indispensable à la croissance, qui autrement serait faible et vulnérable.

Annika SILVA-LEANDER, responsable de l’évaluation de la démocratie et de l’analyse politique à International IDEA, a fait part de son regret au vue du déclin de la qualité démocratique à travers le monde qu’il s’agisse d’avant ou d’après la crise. Bien que souvent conçues au niveau national, elle a expliqué que ces restrictions sont comparables au niveau local. Elle a mis l’accent sur l’innovation, pouvant mettre les pratiques technologiques au service de la solidarité. Ces outils permettent le rapprochement des citoyens aux gouvernements locaux, favorisant ainsi un meilleur sort à leur égard à la sortie de la crise.

Mohammed SADDIEH, vice-président de CGLU pour la région Moyen-Orient et Asie de l’Est, a fermé l’échange en plaidant pour un renforcement de l’égalité et de l’autonomisation des femmes dans la région. Il est indispensable que la démocratie et l’inclusion soient plus présentes lors d’une éventuelle autre crise. Pour conclure, Elkin VELASQUEZ, Adrià DUARTE et Emilia SAIZ ont rappelé le rôle des gouvernements locaux, en première ligne face aux effets de la pandémie. Il est désormais extrêmement important de construire un nouvel engagement qui favorise un renouveau démocratique pour un monde durable.




Publié le 23 juin 2020




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